08/06/2013

Soupe de salpes à la Catalane

Pas très loin de la Côte Vermeille, se trouve un petit paradis sous-marin, la baie de Cala Montjoi, un peu au Nord de Rosas.
Les plongeurs du Dauphin Catalan y font leur sortie de fin de saison, pour la 3ème fois consécutive : on ne s’en lasse pas ! La tramontane soufflait en tempête ce week-end là, mais de nombreux sites de plongée sont abrités de ce vent qui rend fou.

Le bateau de promenade vient s’échouer sur la plage pour embarquer les nombreux plongeurs.



La première plongée a eu lieu sur la pointe d’El gato, côté sud. Plouf !



L’eau est claire, d’un bleu profond. Une belle méduse nage entre deux eaux.



Laurent, mon binôme, et moi partons vers le soleil levant, en direction du tombant.
Une belle murène nous y accueille avec un petit sourire.



Nous voilà à -30 m. Le tombant, vertical, est couvert de gorgones rouges magnifiques.



Je me retourne vers le large, et fais signe à Laurent : regarde derrière toi !



Un beau poisson lune nous observe en passant à notre hauteur, puis s’éloigne déjà sans s’attarder. Je lui envoie un message télépathique : viens donc nous rejoindre sur les épaves du Roussillon ! À bientôt !

Nous sommes presque les seuls plongeurs à avoir atteint ce tombant. Des nuées de castagnoles et d’anthias nous accompagnent.



Non, je n’ai pas déversé la photo ! La preuve avec Laurent :



Comme mon binôme, les gorgones, sans la lumière de ma lampe ou du flash , paraissent bleues.



Nous faisons demi-tour au bout de 20 mn, pour rejoindre le bateau.
Je retrouve une méduse, peut-être la même qu’en début de plongée ?



Les poissons sont assez distants ; je dois m’approcher tout doucement de ce petit triptérygion.



Nous croisons un petit mérou qui ne se laisse pas vraiment photographier, puis j’aperçois ce qui ressemble à une belle forskalia.



Elle ne mesure que quelques dizaines de cm, et ne possède pas de flotteur aux extrémités. Je me rappelle d’une précédente rencontre cuisante avec ces colonies de petits animaux très urticants, et cette fois ci je me garde bien de toucher...

Elle se laisse porter par les eaux limpides, malheur aux petits poissons qui s’en approcheraient !

Inoffensifs, des cténophores comme ce béroé, nagent sous le bateau. Ses cils vibratiles lui permettent d’avancer et se reflètent dans la lumière.



Nous remontons à bord après environ 50 mn passées dans cette eau claire mais fraîche !

L’après-midi, nous partons sur un site un peu plus abrité car le vent semble avoir forci : el Bisbe. C’est un joli tombant, de dimensions restreintes, qui descend jusqu’à plus de 40 m mais qui n’est pas couvert de gorgones. Je retrouve mon binôme du matin Laurent pour de nouvelles aventures !

Dès notre arrivée sur le haut du tombant, un banc de petits barracudas passe devant nous !



Attendez ! La photo est loupée ! Trop tard... ils ont disparu dans le grand bleu.

Je me tourne vers des sujets plus statiques. Voilà un autre cténophore, tout petit, une groseille de mer, avec ses deux longs tentacules qui lui permettent de chasser ses proies.



Les plongeurs habituels ne risquent rien d’une groseille de 2 cm de diamètre. Les lutins et les schtroumpfs devront se méfier...

Laurent me montre une belle langouste qui joue la concierge du tombant.



Mais nos ordinateurs de plongée commencent à indiquer des paliers, et nous remontons sur le plateau.



Là, des cténaires et des tuniciers se sont regroupés près de la côte, poussés par les courants.
Certaines salpes sont impressionnantes, plus longues qu’un plongeur !



Bientôt, nous évoluons dans une véritable soupe de salpes !



Les poissons ne semblent pas s’en incommoder ; les sars semblent même s’en délecter !



Ce n’est pas vraiment urticant, mais nous sentons ces salpes sur notre visage... Nous repartons un peu vers le large pour échapper à cette soupe.

Nous arrivons à surprendre un petit mérou farouche.



Un petit poulpe nous accueille sur le seuil de sa demeure.



Laurent me fait signe, alors que je m’éloigne... Il a déniché un pagure couvert de trois belles anémones.



J’ai plutôt l’habitude de croiser les bernards l’hermite de nuit !



Je me laisse bercer dans l’eau si claire, et je rêve de ma muse, de princesses et de sirènes en regardant les bancs de poisson nager vers le grand bleu.



Nous voilà sous le bateau en train de faire des paliers de principe, en admirant une nouvelle fois les cténophores...



... et les salpes.



L’ambiance paraît irréelle, tant les salpes sont nombreuses...



En remontant sur le bateau, nous nous débarrassons des salpes accrochées au masque, au détendeur, à la combinaison...

Le lendemain matin, nous repartons sur le site d’el Gato, cette fois-ci le bateau est amarré au Nord du tombant.
Les palanquées sont différentes de celles de la veille, et j’accompagne Mathieu et Chris.
Nous rejoignons d’abord un plateau situé sous le bateau ; Mathieu me montre une belle murène, pour une fois elle n’est pas dans un trou ! Un petit sourire pour la photo ?



Mais ne nous attardons pas là, le tombant est bien plus joli ; nous en atteignons bientôt la crête et retrouvons les belles gorgones mauves.



Un courant de face nous force à palmer un peu à l’aller ; le retour sera plus facile !

Le corail jaune solitaire est en plein repas, «bouche» grande ouverte à tout ce qui passe à la portée de ses tentacules.



Mathieu, chercheur attitré de murènes, me montre un nouveau spécimen, caché dans une faille, sous des bouquets d’anémones jaunes.



Je m’attarde là, pendant que mes compagnons de palanquée s’éloignent. Je me retourne, pour les chercher, et j’aperçois un poisson lune, sur le haut du tombant.



Je remonte un peu pour l’approcher ; Chris m’a vu et me suit. Nous nous laissons emporter par le courant...



Nous croisons plusieurs palanquées à qui je fais signe de se retourner, en vain !

Le petit poisson lune nage maintenant tout près de moi, à moins de 2 m, sur la crête du tombant ; il semble s’amuser dans les bulles des palanquées qui nagent plus bas au milieu des gorgones.



Je savoure ces quelques secondes de compagnie extraordinaire, je découvre que les poissons lunes jouent dans les bulles des plongeurs.



Mais le poisson lune s’inquiète de ces plongeurs qui le suivent, et rapidement il s’éloigne dans le bleu profond.

Nous repartons vers le bateau et en chemin nous faisons nos paliers.



Je retrouve une belle méduse en pleine eau ; est-ce la méduse du début de ce récit, qui vient le conclure ?



C’est bizarre... Nous espionne-t-elle pour le compte du peuple des salpes ?
L’invasion des salpes est-elle proche ?

Mais il est temps de remonter sur le bateau... Le peuple des plongeurs m’attend.



À bientôt, poissons lunes, et si vous aimez nos bulles, venez donc nous rendre visite en Côte Vermeille ! Rendez-vous sur le mât de l’Alice Robert !

26/05/2013

Le vilain monstre qui fait peur

C’était hier, mais je m’en souviens comme si j’y étais encore. C’était une belle plongée sur le site de Tasco aux îles Medes, organisée par la commission photo du Codep66 et le club du Dauphin Catalan. Voici Laurent mon binôme du jour, et je précise que ce n’est pas lui le monstre du titre, celui-ci viendra en son temps.


La houle est forte en surface, à cause de la forte tramontane, le vent qui rend fou, et même au fond de l’eau nous sommes ballotés dans les 10 premiers mètres.

Nous évitons d’abord la roche de Tasco petit et partons vers le Nord à contre courant. De nombreux mérous nous attendent au tournant, mais ils se tiennent à distance.


Nous voilà sur du coralligène, par -32 m de fond. Une doris géante se pavane, bien seule au milieu de fonds presque déserts.


Elle se laisse photographier sagement, son panache branchial en triomphe.
Nous rejoignons un petit tombant en revenant sur nos pas ; il est couvert de ces belles gorgones que l’on peut admirer sur tous les sites de cette réserve marine.


Des petits mérous s’y cachent ; attention aux fragiles gorgones !


Au pied du tombant, un chapon ne me laisse pas l’approcher plus que ça.


Un seul coup de flash le fera fuir... Il aurait pu sourire pour la photo !

Nous voilà revenus près de la roche de Tasco petit, et il nous reste largement assez d’air pour en faire un petit tour. Nous sommes dans moins de 10 m d’eau, et la houle est de plus en plus forte.

J’aperçois un mérou sous une roche ; il se replie dans son trou lorsque je m’approche, et là j’aperçois... non, ce n’est pas encore le monstre, c’est juste une grande cigale de mer, si rare que je m’attarde près d’elle, et je m’accroche à la roche pour ne pas être emporté par le courant.



Laurent semble insensible au froid, il n’est pas encore bleu, alors on peut continuer un peu.


La fin de la première plongée approche, mais elle nous réserve encore de belles rencontres, comme cette murène timide qui se replie dans son trou, et pourtant elle est assez curieuse pour s’inquiéter de ce plongeur bizarre qui s’intéresse à son profil.


Le monde sous-marin n’a pas vraiment de sens. Ce mérou sait-il qu’il est posé à la verticale ?


Hé, Jojo, où est mon bateau ?


OK, il est juste au-dessus ! C’est peut-être ça que Jojo regardait ainsi !

La météo ne s’améliore pas en surface. De gros nuages nous attendent. C’est normal, on n’est encore qu’au printemps.


Mais... et le monstre du titre ? Attends ! Le temps de repasser par le port récupérer d’autres blocs et de nouveaux plongeurs, et nous voilà repartis dans nos aventures sous-marines, sur le même site protégé.

Cette fois-ci, nous partons faire le tour de Tasco grand, côté Nord. Nous devons passer par une première zone peu profonde, où les corbs prennent le soleil (les UV passent à travers les nuages).


Des bancs de saupes s’envolent à notre passage.


Puis nous trouvons un tombant qui nous mène à -30 m, avec toujours ces magnifiques gorgones.


La visibilité réduite ne rend pas hommage à la splendeur des lieux.
Les mérous nous surveillent encore à cette profondeur.


Laurent devient de plus en plus bleu, à moins que ce soit un problème de lumière, à cette profondeur.


Et c’est à ce moment que je le vis.
Qui ? Mais celui que vous attendiez depuis le début, le vilain monstre qui fait peur, avouez le !
Il y a même des petits malins qui ont sauté directement sur la fin du récit, mais j’ai les noms.
Bref, je le vis, horrible, menaçant, toutes dents dehors, planqué au détour d’une roche...


Je m’approchais un peu, intrépide.


Quelle est vilaine, la baudroie !
Et pourtant... Je m’approchais encore et vis tout un univers dans son oeil...


Y vois-tu les étoiles qui brillent, les galaxies qui se déploient, une voie lactée qui se crée ?

Peut-être que lorsque l’eau est claire, depuis le fond des océans, la vilaine baudroie peut admirer le ciel étoilé en rêvant de paradis et de princesses.